mardi 30 août 2011

Le théorème de l’aveugle



Mon amour. Tu ne peux pas savoir à quel point je t'aimais. On s'est perdus, on s'est cherchés, tout au long de notre vie. S'est-on trouvés au moins une fois sur le même chemin ? Je ne sais pas. On s'est peut-être croisés, effleurés, au détour d'un regard, d‘un baiser. Aujourd'hui mes poumons brûlent de ne pouvoir te dire à quel point je te voulais. Je voulais te soulever de terre, t’élever au dessus des nuages. Ne plus pouvoir vibrer en toi m'est insupportable. Aujourd’hui j'avance tel un aveugle, et ma canne ne frappe que des lampadaires. Elle sent l’urine que les chiens laissent sur leur passage, quand ils me précèdent. Pas facile de te trouver, dans cette obscurité. Aide-moi, reprends ma main, s'il te plait. Montre-moi encore le chemin, mes yeux ne voient plus rien. Enfant, je voulais sauver l'humanité toute entière. J'ai déjà du mal à sauver mon âme, à présent. Serre-moi dans tes bras, je t'en prie, juste une fois. Tu sais l'autre soir, au bord de la rivière, je ne savais plus où j’allais. Personne n’était là pour me guider. Je me suis égaré. En retrouvant le chemin, je me suis assis à l’endroit que tu connais, pour regarder les étoiles. Je ne les voyais plus, puisque depuis ton départ, j’ai perdu la vue. J'ai rêvé, il ne reste plus que les rêves pour éclairer cet endroit. Tu m’embrassais. Comme avant. J'ouvrais à nouveau les yeux. Comme avant.

J'ai peur du soleil, maintenant. Si mes yeux sont fermés à jamais, au moins qu‘ils puissent te voir une dernière fois, dans cette longue nuit que j’ai fait mienne. Pour que les portes qui se ferment, en emportant nos étoiles, couchent sur mes yeux, déjà clos, le dernier voile.

Farangtom

lundi 29 août 2011

jeudi 25 août 2011

L'homme parfait

Je suis un homme qui ronfle, souffrant de flatulences au lit, qui adore les bières et les pizzas, surtout devant la télé, regardant un bon match de foot. Je ne range jamais mes chaussettes et ne me lave que rarement, par souci d'économie. Je ne fais jamais la vaisselle puisque mes assiettes sont en papier. J'éructe à table et je suis toujours d'humeur maussade. Je n'écoute jamais de musique, à part Gilbert Bécaud, que j'écoute en boucle quand je ne suis pas scotché devant Canal Plus.
Bien sur je déteste les expos d'art moderne et le seul tableau que je regarde avec attention dans un musée, c'est celui indiquant la porte de sortie. Vous m'avez reconnu ? Non, je ne suis pas David Vincent. Je suis, je suis...

L'homme à marier.

Avis de recherche

Reçu dans la boite aux lettre cette semaine :

Fripon est un jeune tigre égaré dans les environs depuis le 1er Août
200 kg / Yeux Jaunes / Rayures noires sur le dos

Peureux et amaigri, surement affamé, aperçu il y a peu de temps.
Forte récompense si vous me le rapportez.
Me contacter au 06 xx xx xx xx

(Gains)bourgeoiserie

Ce que j'aime dans une expo d'art contemporain, c'est la pancarte qui indique les toilettes.
Son créateur a une stature internationale. Il devait passer son temps à pisser. Mais il est génial, ce mec. Il nous guide.

Tom

(Serge, sors de mon corps stp)

mercredi 24 août 2011

Dualité

Je dépose
Sur le papier
Toi, tu disposes
De nos pensées
Au final, se compose
Une belle complicité
Normal, puisque nous
N'avons pas du tout
Dans notre language
De passé, composé
Il nous reste le futur
Là encore, rien de sur
Mettre au conditionnel

lundi 22 août 2011

Rose nouvelle

Magicien d'oz
Qui devant moi, un soir se pose
En postulat, presque à l'éternel
L'été sortant d'une fleur nouvelle

Pourtant, elle se fane
Aussi vite qu'une jolie femme
Qui, trop longtemps éclose
A perdu son parfum, de rose

Magicien d'oz
Qui au final, décompose
Un postulat, presque charnel
En triste chemin, en tunnel

Pourtant belle profane
Enjouée, cherchant sa flamme
Qui à chaque fois, s'y expose
Et qui au lieu d'éclore, explose

Certaines roses fleurissent en été
Hélas elles ont perdu leur parfum
J'aime bien celles de mon jardin
Mais vient le temps de les tailler

Magicien d'oz
Qui devant moi, un soir se pose
En postulat, presque à l'éternel
L'été sortant d'une fleur nouvelle

Alors, elle se fane
Aussi vite qu'une jolie femme
Triste destinée, déjà si close
Mon coeur  respire et chut...
Il se repose.

samedi 20 août 2011

(Gains)bourgeoiserie

Dans le temps, j'avais un majordome, un black, mais comme c'est tout noir chez moi, je ne le voyais que quand il se marrait...Héhéhé...

Serge

Neige d'été

Photo Nim

Louise

La vie est si belle, pourtant. Pourquoi veux-tu changer le plomb en or ? On devrait plutôt en rire. On devrait surtout s'offrir le pouvoir de se taire. Le pouvoir de se faire. Plus petit que l'autre, ou bien tout simplement, se faire l'autre. Se fondre dans l'autre. Quand on n'a pas son quotient. Puisqu'on est impatient, on devient un patient comme les autres. Alors, pourquoi veux-tu changer le plomb en or ? La vie est si belle. Il suffit juste d'un peu de sang, le tien,  pour signer de ta main, au bas de ce parchemin. "Au diable la vindicte, j'écris ce que mon coeur me dicte". Louise.

vendredi 19 août 2011

Des vessies pour des lanternes

Je n'ai plus envie de te parler. Tu en as trop fait, ou pas assez. A chaque fois, tu en rajoutes. J'en ai marre, maintenant. Pourtant je pense que tu es quelqu'un de bien, avec des valeurs. Avec toi, ou pour toi, j'ai souvent eu envie d'avancer, de me surpasser. D'être belle. Que j'aimais me promener et te savoir mes cotés. Les gens se retournaient sur mon passage, tellement j'étais radieuse. Je souriais toujours. Même quand je voyais tous ces gamins sales et pauvres qui trainaient dans la rue. Tu sais, il y a tellement de gens qui puent, de chaque coté de l'équateur. Des gens qui vomissent leur haine, de ne pas être, sur d'autres êtres. Ils soulagent leurs âmes, sans doute, comme les ivrognes soulagent leurs queues en pissant contre un mur. En vidant leurs vessies, qu'ils prennent d'ailleurs pour des lanternes. Les cons. Non, je ne veux plus t'aimer, même si j'ai fait beaucoup d'effort pour toi. Tu es peut-être très beau, mais je n'ai plus envie. Je n'aurais pourtant jamais cru dormir sans toi, sans ta présence. Pour toi j'ai supporté ma famille, les endives braisées de ma mère, alors qu'elle savait que je détestais. J'ai failli oublier les baffes de mon père, ses insultes, ses coups de poing dans mon ventre d'adolescente, pour n'être pas née garçon, celui dont il rêvait tant. Tu vois, eux aussi, je les ai aimé. Enfin, j'ai appris à faire semblant, pour que tu sois content. Quand j'ai fait la pute aussi, pour financer mes années à l'université, sortir enfin de mon enfer de pauvre, en tripotant quelques maladroites et trop jeunes testicules d'étudiants, manquant d'apprentissage viril. Quand je devais caresser quelques grosses bedaines qui me payaient grassement. Je finissais alors la soirée sur les cabinets de mon studio, à vider mon estomac de tout le dégoût que j'avais de moi, ces soirées là. Pour toi, oui, je pouvais tout faire, car je pensais toujours que tu m'aimais. Je voulais tellement grandir pour toi. Je me suis trompée. Je pensais que demain, avec toi à mes cotés, tout irait mieux.
Mon Dieu

Farangtom

Fin de saison

Elle frappait de plus en plus fort. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front. Son visage était trempé. Sous les coups, il ne disait rien, il semblait se mouvoir harmonieusement dans l'espace, ondulant avec amplitude sous ses assauts. Elle le fouettait encore et encore, puis se reposait quelques instants. Aucun bruit ne venait troubler cette scène. Il s'immobilisait, elle le laissait respirer. Je vais te purifier, lui disait-elle. Tu le mérites bien. Tu fais moins le malin dans cette position. Depuis le temps que tu le mérites, j'aurais dû le faire avant. Quand les amis venaient à la maison, j'avais honte de toi. Alors, prise d'une soudaine excitation face à cette situation, elle reprenait les coups de plus belle. Elle ne se savait pas aussi énergique, aussi violente. Lui, tel un bon soumis recevant sa punition, ne disait toujours rien. Il supportait les coups de sa maitresse sans réaction. Des marques apparaissaient parfois, lorsqu'elle s'acharnait sur un endroit précis. Elle changeait souvent de mains, pour mieux fouetter, sans baisser de rythme. Elle fatiguait, mais ne renonçait pas. J'en viendrais à bout, se disait-elle. De ce fichu tapis.

Farangtom

En rouge et blanc

Photo Nim.

jeudi 18 août 2011

L'ombre au loin

Je meurs, soudainement
Tu n'aurais pas dû écrire tout ça
Une goutte de poison
Et c'est tout un océan qui se noie
Tu parlais du monde
Que tu souhaitais à notre image
Mais ce n'était pas la saison
Pour se fondre dans le paysage
Alors tu pleures, en m'oubliant
Moi je m'éteins au même instant
Tu n'aurais pas dû tuer comme ça
Une nuit, sans raison
Regarde,
C'est mon ombre que tu aperçois

Farangtom

Upside down

mercredi 17 août 2011

Préface

Il y a des personnes dont la présence autour de vous est indispensable. Leur force vous accompagne, leur soutien vous gratifie, leur critique vous glace. Celle dont je vous parle est entrée dans cette histoire, discrètement, furtivement. Elle a d'abord beaucoup observé, se tenant en retrait. Et puis commença une histoire, un chemin commun, original. Il y a des personnes dont la présence vous rassure. La vie n'est qu'une succession d'équations, laissant souvent place aux doutes ou à la crainte de ne jamais pouvoir les résoudre. Mais ces personnes ont toujours la clé du problème. Il y a des personnes dont la présence vous encourage. Elles vous aident à déplacer la montagne qui gène le passage, à souffler sur les braises qui vous animent, à calmer les douleurs qui vous tourmentent. Il y a des personnes dont la fidélité vous honore, d'autres dont la confiance vous enchante.

Elle est tout cela à la fois. Je ne savais pas très bien ou aller, ma vie se transformait progressivement en une brocante sentimentale, après quelques années chaotiques dont je peinais à extraire une nouvelle substance. J'éprouvais le besoin d'écrire, des courts instants de vie, des petits morceaux tordus par la destinée des parcours, parfois brulés par le soleil, égratignés par quelques amours malheureux. Petit à petit mes écrits prirent la forme d'une brocante, lorsqu'on ressort quelques objets d'une armoire ou d'un grenier pour les vendre sur la place du village une fois par an. Avec l'humble espérance d'en tirer un petit pécule, qu'on distribue généralement aux enfants en fin de journée. Je n'avais hélas que mon imaginaire pour armoire, mon inconscient comme grenier. J'ignorais qu'elle était bonne chineuse, et qu'elle repéra vite mon emplacement. Le désordre était grand sur les tréteaux, mais elle y trouva quelques objets à son goût. Alors elle entreprit d'y mettre de l'ordre, jusqu'à devenir  le range-gardien de cet espace, et de le mettre en valeur. Sa présence m'a d'abord intrigué, puis durablement réconforté, solidement conforté sur la valeurs des objets qui allaient aboutir à ce recueil.

Sans elle, aucun de ces textes et poêmes n'auraient pu se retrouver ensemble, je n'en aurai eu ni la prétention, ni l'ambition, encore moins l'idée de le réaliser. Il y a des personnes autour de vous qui aident à déplacer les lignes. Elle est de ceux-là. Paradoxalement, nous ne nous connaissons pas. Nous ne nous sommes même jamais rencontrés. La magie de l'univers moderne et virtuel. Mais, dans les textes de ce recueil, sa présence est partout. Sa lecture, ses remarques, ses corrections souvent sans concessions, furent indispensables. Elle est présente dans chaque mot, dans chaque rythme, dans chaque phrase de cette vie de grenier. Alors je ne peux que la remercier profondément, et lui dire affectueusement :

Merci, L'absente.

Farangtom

One more cup of coffee - Frazey Ford



Featuring Bob Dylan

Les hommes

Les hommes gentils sont laids. Les hommes beaux ne sont pas gentils. Les hommes beaux et gentils sont gays. Les hommes beaux, gentils et hétérosexuels sont mariés. Les hommes qui ne sont pas beaux, mais qui sont gentils n'ont pas d'argent. Les hommes qui ne sont pas très beaux, mais qui sont gentils et ont de l'argent pensent que nous sommes uniquement intéressées par LE LEUR. Les hommes beaux qui n'ont pas d'argent sont uniquement intéressés par LE NOTRE. Les hommes beaux qui ne sont pas très gentils, mais hétérosexuels, ne nous trouvent pas suffisamment belles. Les hommes gentils, hétérosexuels, qui ont de l'argent et qui nous trouvent belles, sont des porcs. Les hommes beaux, gentils, hétérosexuels, qui ont un peu d'argent sont timides et ne font jamais le premier pas. Les hommes qui ne font jamais le premier pas ne s'intéressent plus du tout à nous dès lors que nous prenons l'initiative de le faire.

Alors, je pose la question : Y'a t'il quelqu'un sur cette terre qui arrive à comprendre les hommes ?

Signé : La pertinente

lundi 15 août 2011

dimanche 14 août 2011

Maybel - Procol Harum



1er album (1967)

L'oiseau - The bird

Sur les traces de Pierre LOTI (4) - La mosquée

Située au 1er étage, l'immense mosquée qu'il fit construire est une des pièces principales de la maison de LOTI.

On y trouve notamment une stèle dédiée à Hatice (Azyadé), son premier roman à succès, mais aussi quatre moucharabiehs (sépultures ottomanes anciennes), qu'il fit ramener lors d'un de ses nombreux voyages en Turquie.

Lorsqu'il recevait des visiteurs importants, Pierre LOTI demandait même à un de ses serviteur de monter dans un petit minaret, sur les toits de la maison, pour remplacer le muezzin et appeler à la prière. Dans le Rochefort du XIXe siècle...

L'endroit est somptueux et propice à la méditation.

Pour voir le premier billet consacré à la maison de Pierre LOTI : ICI

samedi 13 août 2011

Obligation de moyens

Malgré un boitier de m... qui me désole.

James Bond girls

Sur les traces de Pierre LOTI (3) - La salle gothique

Pierre LOTI fit construire cette pièce gothique à l'occasion d'une cérémonie qu'il donna et offrit aux notables de la ville de Rochefort. Les préparatifs durèrent un an. Tous les convives devaient se costumer et le repas fut servi dans les strictes conditions de l'époque. Au fond de la pièce, un escalier puis une balustrade permettait aux villageois d'assister ou de regarder le festin. Des costumes leur étaient fournis à l'entrée par les serviteur de LOTI. Ci-contre le chatelain, maitre de la fête.

Pour voir le premier billet consacré à cette visite : ICI


vendredi 12 août 2011

La Ola

Classé, dans l'ordre...

Fatu Hiva 1935

La soirée était décidément trop mondaine pour moi, même si je n'avais guère le choix. Je ne pouvais pas me dérober à l'invitation de Dag Petersen, président de la NSRM (Norwegian Society of Royal Museum), qui me soutenait financièrement et participait à la médiatisation scientifique de mes expéditions. Il avait un sacré talent pour réunir les fonds nécessaires à leurs financements, et une fois de plus, cette soirée réunissait de sacrées fortunes et autres personnages influents de Norvège. Même la Jeune Princesse Anne était annoncée. Elle se disait passionnée par mes explorations. Tandis que Monsieur Petersen me présentait à de nombreux groupes de personnes, je balbutiais timidement quelques souvenirs de mes précédentes missions. Puis je parlais avec passion de ma prochaine expédition, dont le financement était restait à finaliser.

Je réussis enfin à m'extraire des mains de mon protecteur pour me réfugier sur le balcon, fuir quelques instants l'immense salle de réception du Royal Museum. Une coupe de champagne à la main, j'observais les toits d'Oslo et songeais surtout aux courtes semaines qui m'attendaient. Boucler les derniers préparatifs, s'assurer que le calendrier que je m'étais fixé serait tenu. C'était important. J'étais songeur.

- "Il parait que vous préparez une nouvelle expédition ?"

Cette voix féminine m'était parfaitement inconnue. En me retournant, je vis une ravissante jeune femme dans une robe de soirée noire. Elle semblait si jeune, si belle, et ses yeux brillèrent d'un éclat particulier, lorsque son regard pénétra le mien.

- Je vous connais, Mr Magnusson, vous savez, ajouta t'elle.
- Appelez moi Sven, je préfère.
- Je m'appelle Kristin.
- Enchanté, Kristin. Vous aimez les découvertes ?
- Il y a tellement de belles choses à découvrir, vous savez, dit-elle en s'accouda au balcon, pensive,  le regard porté sur l'horizon. Celui-ci semblait vouloir aller aller au delà de la nuit, loin, plus loin encore. Je sentais une douce mélancolie l'envahir. Puis elle se tourna vers moi, me tendit sa coupe de champagne, et nos deux verres se rejoignirent.

- Alors, aux futures découvertes, me dit-elle.
- Aux futures aventures, répondis-je.

Le temps d'une gorgée de champagne, elle ajouta :

- Que pense votre femme de toutes vos expéditions ?
- Je ne sais pas, lui répondis-je en souriant. Je vous le dirai quand je l'aurai trouvé.

Elle éclata de rire, et je la suivis dans son fou rire. Cette jeune femme était d'une innocence et d'une fraicheur incroyable.

- Vous connaissez les Marquises ? lui demandais-je
- Ce sont des îles lointaines, je crois.
- Oui, je vais traverser le Pacifique et je vais vivre au moins 6 mois sur une ïle, là-bas, seul. A Fatu Hiva.

Elle reprit sa méditation, accoudée à nouveau au balcon, son regard toujours porté sur l'horizon. Je la regardais avec intérêt et curiosité. J'étais sous le charme de cette sirène, venue de nulle part.

- Si j'étais votre femme, je ne vous laisserai jamais partir comme ça. Je vous accompagnerais, me dit-elle.

Nous restions ainsi quelques minutes, accoudés au balcon, le regard perdu tous les deux vers d'improbables images lointaines, vers d'impossibles pensées. Puis, elle se tourna vers moi et, avec un calme déconcertant, me glissa doucement :

- Je vais partir avec vous et vous m'épouserez, Mr Magnusson. Emmenez-moi, je ne vous quitterai plus.
- Si vous persistez à m'appeler Mr Magnusson, je risque de refuser catégoriquement, répondis-je du bout des lèvres.

Elle éclata à nouveau de rire, avant d'ajouter :

- C'est d'accord, Sven...

Sven Magnusson épousa Kristin Thorsten quelques semaines plus tard, juste avant leur départ pour Fatu Hiva. Ils y vécurent exactement 8 mois, en 1935, sans aucun moyen moderne de survie et de communication. Ils furent pourchassés par les tribus locales et durent se cacher dans l'ile le dernier mois, avant le retour du bateau qui les avait déposé.

Farangtom

Inspiré de la vie de Liv et Thor Heyerdahl (1913 - 2002), auteur entre autre de l'expédition du Kon-Tiki, en 1947, et de Fatu Hiva, le retour à la nature, en 1976.

mercredi 10 août 2011

L'échappé du zoo

Tom
Profession : caméléon

La croisée des chemins - Dernier reportage

Mon cher John, ne sois pas vexé pour notre rencontre manquée à Londres. Il y en aura d'autres, j'en suis sure. J'ai tellement envie de te voir. Je suis fière d'avoir vu tes photos en une de Newsweek la semaine dernière et d'avoir su que tu avais eu le prix du meilleur reporter de guerre 2011 à San Antonio. Tu es de loin le meilleur de nous tous. Je rentre de Samarkand demain. Bises. Sarah

Ma douce et tendre Sarah, j'aurai l'occasion de venir te voir à nouveau. Pour une simple et bonne raison. J'ai décidé de raccrocher et poser enfin mes boitiers. En 20 ans, je crois en avoir assez vu, en avoir assez fait, et puis, je vieillis, ma jolie. Le risque est grand, j'ai trop souvent vu la mort de près, quand je ne la photographiais pas. Je pars pour Caracas, puis je te rejoindrais ensuite. Je t'embrasse. John.

Cher John, je respecte ton choix d'arrêter notre dur métier. Mais as-tu bien réfléchi ? Que feras-tu sans tes boitiers ? Ils sont ta vie, ton âme, l'essence même de ta vie. Je me réjouis toutefois que tu veuilles me retrouver après. J'envisage même de déménager sur Londres ou Paris prochainement. Je pense que tu y seras mieux qu'à Genève. Prends soin de toi. Pleins de bisous. Sarah.

Ma petite Princesse du Leica, je suis toujours au Venezuela. Oui, j'ai bien réfléchi et je veux vivre les prochaines années près de toi. Je préfère Paris à Londres, ma belle. J'éditerai des livres photos, je saurai m'occuper, ne t'en fais pas. Mon agence me demande de remplacer Steve pour couvrir une mission délicate en Colombie. Dans une région difficile où la française avait été détenue pendant quelques années. Je ne peux pas refuser, mais je serai très prudent. Je te tiendrais au courant. Je t'embrasse. John

(à suivre)

Sur les traces de Pierre LOTI (2)

Pour voir le billet précédent consacré à LOTI : ici

L'entrée de la maison est une simple maison de rue (rue Pierre LOTI, évidemment). Difficile d'imaginer le petit palais qui se trouve à l'intérieur.










Le hall d'entrée est un simple salon typique du XIXe siècle La pièce est sombre, franchement austère (l'origine protestante et pieuse de sa famille, sans aucun doute), remplie de portraits de famille retraçant la vie des aïeux de Julien Viaud, alias Pierre LOTI.









La suite est par contre très surprenante... Nous entrons dans un immense salon médiéval, ouvert sur deux étages, dans lequel Pierre LOTI donnait de nombreuses réceptions, souvent costumées selon des thêmes très variés.

La balançoire

Dylan
Profession : bourreau des coeurs

Penser à demain

Nawel
Profession : penseuse

mardi 9 août 2011

Au parc d'attractions

Mael
Profession : petit casse-cou qui s'éclate tout le temps.

La fée aux cheveux d'or



Judith
Je confirme la ressemblance avec Cameron Diaz.

lundi 8 août 2011

Les amants du quai n°2 - La rencontre

Ils attendent depuis si longtemps, qu'il se dégage de l'air ambiant une étrange atmosphère. Comme le virtuose qui se lance dans son dernier mouvement, une note de musique qui se suspend dans l'air un long moment. L'instant devient fragile, presque aérien, inaccessible. C'est sur ce quai de gare qu'ils remettront à plus tard leurs vies passées. C'est sur ce quai de gare qu'ils vont se rencontrer et c'est la première fois qu'ils aiment une gare, ces deux amants. Malgré l'affluence de personnes autour de lui, il la voit s'avancer au loin, sur le quai. Il la perçoit tendue et fébrile, une fébrilité teintée d'impatience, se dit-il. Elle s'avance d'un pas pressé, puis elle aperçoit à son tour celui qui l'attend. Pour lui, elle aura bravé l'impossible. Pour elle, il transformera l'espérance en possible. Ils s'avancent rapidement l'un vers l'autre puis se plantent face à face, immobiles. Un long moment s'écoule sans que rien ne se passe, sans qu'aucun mot ne soit échangé.

Il colle profondément le bleu de ses yeux dans le vert des siens, puis lui prend timidement la main en lui souriant. La foule est nombreuse mais ils n'entendent que leur silence, comme pour mieux écouter leurs battements de coeur. Soudain elle se jette fiévreusement dans ses bras. Il la serre si fort qu'elle sent ses pieds décoller de terre, son corps tout entier tourne autour de lui, comme un satellite tournerait autour de sa planête. Elle est prise par sa gravitation, elle ne peut plus s'y soustraire. Ils tournent et retournent encore. Un instant, une éternité, ils ne savent plus. Ils voulaient s'aimer depuis si longtemps. Alors ils savent à cet instant que le temps n'a plus guère d'importance. Puis après cette affectueuse et longue étreinte, tant attendue, après un long baiser, ils s'éloignent puis se dirigent vers la sortie. Comme les autres.

Il lui tient la main. Elle lui sourit. Ils sont devenus deux.

Farangtom

Sur le transat

Rochefort, Aout 2011

Les batisseurs de demain

samedi 6 août 2011

Sur les traces de Pierre LOTI

Julien Viaud, dit Pierre LOTI (1850 - 1923).

Depuis l'enfance, cet homme m'a toujours fasciné par ses nombreuses facettes, son talent et sa vie remplie de voyages autour du monde. Je me propose en quelques billet de mieux vous faire connaître ce personnage hors du commun, et vous inciter à venir visiter sa maison. Elle se situe dans la ville où j'ai grandi et dans laquelle je viens me resourcer régulièrement : Rochefort-sur-mer, en Charente-Maritime.

D'abord Lieutenant puis Capitaine de Vaisseau, il parcoura les océans et le monde entier sur des navires militaires, et y découvrit de nombreuses cutures dont il s'inspira toute sa vie, dans ses nombreux romans, le plus souvent autobiographique.

Il fut tour à tour militaire, écrivain, peintre. Il entra à l'académie Française en 1892, à 42 ans, contre...Emile Zola ! Il fut également diplomate et médiateur de la cause ottomane au début du XXe siècle pour le gouvernement français. Il parlait couramment le turc et l'arabe. Le gouvernement turc ne souhaitait d'ailleurs discuter qu'avec Monsieur LOTI.

Au delà de tout ça c'était aussi un citoyen original, voire fantasque, séducteur romanesque tout au long de sa vie, à qui on prêtait volontiers des moeurs sulfureuses comme son homosexualité cachée, ce qui n'a jamais pu être démontré. On le disait aussi converti à l'islam.

Sa maison à Rochefort est une merveille et illustre bien l'éternel voyageur qu'il était. Ayant rapporté tellement de souvenirs de voyages, dont il avait la nostalgie à chacun de ses retour à Rochefort, il fit de chacune de ses pièces un univers propre racontant son histoire. Au cours de mes prochains billets, nous y visiterons son intérieur, pour mieux aimer ce personnage. Nous y trouverons une mosquée, un salon turc, un immense séjour médiéval, un salon bourgeois...

Bon voyage avec vous, Monsieur LOTI.

vendredi 5 août 2011

Subway Song - The cure

Les quatre sans cul

Souvenir de mon enfance à Chambéry, en Savoie. Ma fontaine préférée en France, depuis toujours.

mercredi 3 août 2011

La croisée des chemins

Bonjour John. Je viens d'arriver à Bali, depuis Tokyo. L'endroit est formidable, je suis logée dans un bungalow avec des jeunes australiens pour voisins. Ils sont adorables. Nous sommes face à la mer. Demain nous partons en balade autour de l'ile. Je pense à toi. J'espère que tu vas mieux et que ton pied ne te fait pas trop soufrir. Bises. Sarah.

Merci de prendre de mes nouvelles, Sarah. Je suis arrivé à New York. Cela faisait deux mois que je n'étais pas rentré chez moi. Mon pied va mieux, je peux enfin marcher normalement. Mes photos du Mexique ont été publiées, enfin, les plus poignantes, dont celle que je t'avais envoyé. Profite bien de ton séjour à Bali. Je t'embrasse. John.

Coucou, John. Finalement, j'ai accepté l'invitation du jeune couple australien et je les ai rejoint chez eux, au nord, à coté de Cairns. L'endroit est très sauvage, ça me change de mon récent séjour à Sidney. Je te joins quelques petites photos avec mes amis. Ils sont très sympas et généreux. Tu repars quand ? Bises. Sarah.

Chère Sarah, Je suis en côte d'Ivoire pour quelques jours. Je dois couvrir l'arrestation imminente de l'ancien président Gbagbo. Je compte ensuite descendre en Namibie, puis en Afrique du Sud, du coté de Durban. Tu es de retour en Europe ? Je n'arrête pas de penser à toi, en ce moment. Tu me manques. Je n'ai plus de tes nouvelles depuis Cairns. Je t'embrasse. John.

Bisous, John. Oui, je suis rentrée chez moi, à Genève, pour y rejoindre une amie rencontrée en Suède il y a deux ans. Elle va rester quinze jours, puis nous irons surement à Prague. Prends soin de toi en Côte d'Ivoire. Tes photos me manquent. Les miennes sont décevantes en ce moment, et mon agence s'en inquiète. Je voudrais que tu me rejoignes en Europe. Ce serait bien. Bises. Sarah.

Sarah, j'y pense de plus en plus. Tu me manques beaucoup. J'aimerais te voir, te découvrir, poser mes yeux dans tes yeux et oublier enfin mon boulot de reporter. Trois semaines d'Afrique, et je vais de galères en galères. Ce continent est vraiment bizarre. J'ai hâte de rentrer chez moi. Si je pouvais faire un saut par Genève ou Paris, ce serait bien. Je te dirai. Je t'embrasse. John.

Bonjour John, c'est dommage que tu n'ais pas pu venir à Oslo pour le gala. Je suis contente que ta photo sur les danseurs argentins de Bueno Aires ait reçu le prix du Jury. Tu le mérites vraiment. Tu m'as fait l'honneur de le recevoir à ta place avec ton agent américain, mais j'aurais préféré te le remettre en mains propres et te serrer dans mes bras, enfin. Je pars demain pour Belgrade. Bises. Sarah.

Ma chère Sarah, je réalise que cela va faire deux ans que nous correspondons et que nous nous croisons autour du monde, avec nos fichus boitiers, qu'on appelle appareil photo ! Parfois, je songe à arrêter ce métier et me poser pour de bon. Je pars au Costa Rica puis deux autres semaines en Afrique. Cette fois je passerai par l'Europe, certainement via Londres, ou Paris. I miss you. John.

Mon joli reporter préféré, quelle joie de te voir bientôt. Tu réchauffes mon coeur, surtout après ce que je viens de voir à Gaza, puis en Cisjordanie. Tant de soufrance et de détresse de la population. J'ai des clichés d'enfants à couper le souffle. Je te les enverrai, tu me diras. Kappa va les publier, je suis contente. Je rentre du Liban dans deux jours, et j'attendrai de tes nouvelles. Bises. Sarah

Ma douce Sarah, mon voyage est programmé. Je serai à Londres en début de semaine prochaine avant de m'envoler pour Le Caire. Nous allons enfin nous voir. Je te kidnapperai et te mettrai dans ma valise pour ne plus jamais te laisser ! Donc je te conseille de voyager léger, prends juste ta trousse de toilettes, ton Leica.... Je frémis déjà de te voir. Je t'embrasse. John.

John, j'espère que tu auras ce message, avant de partir de New York. Je suis déjà à Londres, tellement impatiente de te voir. Je fais du shopping, je tourne en rond, je t'attends. Il y a un pub irlandais très connu à Soho, qui s'appelle "O'Donnell Pub". Je t'y attendrais demain, à partir de 17 h. Toujours en Jean, avec un T-shirt blanc. Mes cheveux ont poussé. Bises. Sarah

Sarah, tu as du manquer le rendez-vous. En tout cas, tu as choisi le pire des endroits, il y avait tellement de monde dans ce pub. Je t'ai cherché mais je ne t'ai pas trouvé. Je suis arrivé vers 17h30, j'ai bu une ou deux pintes en t'attendant, puis je suis parti diner vers 19h. Je ne passais pas inaperçu, je portais mon Panama acheté en Argentine. Je pars demain pour Le Caire. Je t'embrasse. John.

John, je viens de lire ton message. L'homme au Panama dans le Pub, c'était toi ?


Farangtom

Pas une fée, deux

Orchidée à face de citron

Mots dits

Pourquoi devais-je être maudit, si je vous dis des mots ? Pour des mots dits, dois-je être maudit ? Si je vous dit des mots doux, des mots d'humeur, des mots colères. Vous en avez des maux de tête ? Mais la mienne, de tête, est pleine de mots. Ils tournent et retournent comme un vol d'hirondelles, le soir, lorsqu'elles passent à table. Des mots d'humour, des mots pour rire, des mots d'amour, des mots bleux. Des mots d'espoir, des mots d'esprit. Des mots mi-figue, mi-raison. Des mots cailloux, aussi. J'en ai plein mes chaussures, mais je suis généreux. Je vous en offre quelques-uns.

Tom

Prendre une glace et rêver

Dylan

Méfie toi l'escargot - Mickey 3D

Parce que la petite du clip me fait penser à ma Princesse dans quelques années...

Respire - Mickey 3D

mardi 2 août 2011

Tuer sur commande

Comme chaque nuit, il faisait froid sur les hauteurs de la ville. Nous nous étions réfugiés dans les montagnes, à l'ouest de Tlebs, à plus de mille mètres d'altitude. Les hivers étaient rudes, très rudes. Nous souffrions du froid, de la faim. Nous dormions dans de petites grottes qui avaient plutôt l'allure de vulgaires trous dans lesquels nous nous entassions comme des animaux, pour se tenir chaud. Nous étions des combattants de Dieu, notre guerre était sainte. Il y a tellement d'infidèles sur cette terre que nous voulons si pure, selon la volonté d'Allah. Même parmi nos anciens frères, il fallait nettoyer leurs âmes, les purifier, ou bien les éliminer s'ils menacaient la destinée de notre religion. Je crois que j'étais prêt à mourir en martyr pour accomplir mon devoir face à Dieu.

Lorsque la faim n'était plus supportable, nous descendions piller quelques hameaux ou fermes isolées dans la vallée. Les bergers étaient des proies faciles. Ils préfèraient rester dans les montagnes avec leurs troupeaux plutôt que de trouver refuge et protection en ville. J'ai toujours été surpris de voir combien un berger était facile à égorger, presque aussi facile que leurs brebis. Il suffisait de leur tirer une balle dans les genoux, et leurs gorges s'ouvraient ensuite d'un seul coup de couteau. Leurs brebis nous économisaient juste les cartouches. Nous les égorgions sur place puis les ramenions sur nos épaules. Elles nous rassasiaient et nous permettaient de reprendre des forces, avant de poursuivre le combat contre les forces gouvernementales. Celles-ci tenaient la plupart des entrées de la ville, mais nous y avions des appuis solides à l'intérieur.

Le racket était pour nous une source de revenus importante. Il permettait de nous approvisionner en nourriture, armes et munitions. Quiconque refusait de s'y soumettre était automatiquement condamné à mort par notre chef spirituel. En général, nous l'exécutions dans les jours qui suivaient, en public, afin de faire un exemple pour la population. Nul de pouvait se soustraire à Dieu et à ses fidèles combattants. Ces exécutions étaient fréquentes et j'étais l'un des exécutants les plus efficaces avec Taïeb et Hamed. Nous étions des tueurs à sang-froid, tuant sur simple commande. Il faut dire que la prime que nous versait notre chef spirituel à chaque assassinat était importante.

Un jour je reçus la consigne d'éliminer un riche entrepreneur de Tlebs qui s'opposait au racket auquel nous le soumettions. Certes la somme demandée était substantielle. Il avait toujours refusé de céder. Son obstination nous était insupportable. Notre guide l'avait donc condamné à mort. Je descendis la montagne tôt le matin, il faisait encore nuit et froid. J'étais armé d'un vieux revolver automatique 9 mm, que je dissimulais facilement sous ma Djellaba. A un kilomètre de la ville, une voiture avec un de nos passeurs m'attendait. Je préférais toujours entrer dans la ville au lever du jour, quand la population dort encore, l'accès en est plus facile. Je me réfugiais ensuite chez des compagnons de lutte, chargés habituellement de recueillir l'argent du racket. Puis j'attendais le signal.

Vers 11 h du matin, nous avons pris le chemin de la demeure où résidait ma cible. Je connaissais vaguement son signalement, et je venais d'être prévenu qu'il discutait paisiblement devant son domicile, en compagnie de deux autres voisins. Mon calibre était chargé de huit balles, assez pour l'éliminer avec les personnes qui l'accompagnent. Nous nous sommes engagés à allure réduite dans la rue Messaoui. Je les aperçevais déjà, à 200 m de distance, sur la droite. J'ouvrais la fenêtre du véhicule et me mettais déjà en joue. Mon chauffeur stoppa alors le véhicule à leur hauteur. Le temps d'un regard dans ma direction, j'abattis l'homme qui faisait écran à gauche de ma cible d'une balle au thorax. Puis j'atteignis ma cible de deux balles dans la poitrine. La troisième lui fit exploser la cervelle et il s'effondra contre le mur ensanglanté de sa maison.

Je n'eus pas le temps d'éliminer le troisième homme car mon arme s'enraya après la quatrième cartouche. Devant l'émotion et les cris des passants, effarés, nous devions fuir à toute vitesse. Nous sommes allés nous réfugier chez nos frères d'armes, dans les bas-quartiers de la ville, pour y dissimuler le véhicule. Mon contrat était rempli. J'avais atteint ma cible. Malgré tout, je restais impassible devant mes compagnons, en bon exécutant que j'étais. J'avais cependant au fond de moi, silencieusement, profondément, la satisfaction intense du devoir accompli. Ce n'est que la nuit suivante, en rejoignant les grottes dans la montagne où se trouvaient mes compagnons de lutte, que j'appris mon erreur. La cible à abattre était le troisième homme. Celui qui avait été épargné.

Farangtom

Condamné à vivre

Je m'appelle Moktar. J'ai 58 ans. Je vis à Tlebs, dans une rue commerçante de la ville. J'y ai fait construire une grande demeure dans laquelle réside presque tous mes enfants, avec leurs familles respectives, leurs épouses, mes petits-enfants. J'ai mis dix ans à la construire, par étapes, au fur et à mesure que mes enfants grandissaient, puis se mariaient. J'ai une entreprise qui prospère dans le batiment, elle rayonne dans tout le pays, et m'apporte beaucoup d'argent. Elle me permet surtout de mettre toute ma famille à l'abri du besoin pendant des années. Pendant des décennies. Dieu a été généreux avec moi, et je suis généreux avec lui. Je suis un homme fidèle et pieux, je suis strictement les enseignements du livre. Je fais mes cinq prières quotidiennes. Jamais je n'ai dérogé à cette règle. Je ne bois pas, je ne fume pas, ni ne mange de porc. J'ai eu le bonheur d'emmener mon épouse à La Mecque pendant deux années consécutives. Il faut faire le bien sur terre, et je m'y emploie du mieux que je peux, d'abord pour ma famille, puis pour les autres, ensuite.

Malheureusement, depuis huit ans, notre pays traverse des années sombres, peut-être les plus tristes de son histoire. Ces terroristes, présents partout sur notre territoire, saccagent notre pays et donnent une bien piêtre image de notre religion, oeuvre de paix. Ils tuent pour un rien, pour une chèvre, une voiture, un peu d'argent. Le racket est une forme de soumission à laquelle je me suis toujours opposé avec virulence. La corruption également. Jamais un dinar n'est sorti de ma poche sans que cela ne soit justifié. Dieu n'achète pas les gens, il les éduque, il les guide. Depuis quelques semaines, j'étais soumis à une forte pression de la part des barbus réfugiés dans la montagne. Ils me réclamaient une forte somme d'argent en gage de tranquilité et de sécurité envers ma famille. Evidemment je refusais sans concession aucune. Cependant j'évitais soigneusement d'en informer mes fils et mon épouse. Connaissant les modes d'action des brigands, je me savais en danger et ne voulait pas que ma famille s'inquiète ou me supplie de céder à leur racket.

Une fois par semaine, le plus souvent en pleine nuit, les combats faisaient rage dans notre rue, entre les forces gouvernementales et les combattants du GIA. Ces derniers descendaient en groupes armés d'une cinquantaine de personne, à partir des montagnes où ils se réfugiaient après chaque assaut, rendant leur capture pratiquement impossible. Nos vies étaient devenues enfer. Je ne cédais pourtant jamais à leur demande de racket, malgré leurs menaces de mort. J'essayais de vivre tout à fait normalement.

Un matin, comme à mon habitude, vers 10h30 précise, je sortais mon véhicule du garage pour le stationner devant notre résidence. C'était l'heure de ma tournée, ma visite aux amis, pélerinage amical dans la cité, que je ne ratais pour rien au monde. Je décidais de rejoindre mon voisin garagiste, qui discutait paisiblement avec son ami sur le trottoir de la chaussée. Nous étions près du hammam que mon deuxième fils avait en gérance. La journée s'annonçait ensoleillée, nous sortions à peine d'un hiver rigoureux. Nous parlions du camion que je venais d'acheter aux enchères et qu'il allait devoir remettre en état. Il n'y avait pas meilleur garagiste que lui dans toute la ville. Et surtout c'était mon ami de 20 ans.

Une voiture s'immobilisa à notre niveau et ma première pensée fut de voir s'il ne s'agissait pas d'un autre compagnon voulant nous saluer. Je vis alors nettement l'homme assis à l'arrière du véhicule et pointant un revolver sur nous. Le visage de cet homme restera gravé dans ma mémoire à jamais. Il descendit alors froidement mes deux voisins l'un après l'autre. La tête de mon ami explosa littéralement et sa cervelle se répandit sur le mur contre lequel il s'affaissa. Pour je ne sais quelle raison, je ne fus pas assassiné comme mes amis et la voiture démarra en trombe pour disparaitre au bout de la rue. Je serrais mon ami dans les bras, il n'avait pratiquement plus de visage.

Maintenant, la guerre est finie depuis plus de cinq ans. La plupart de ces brigands ont été tués par l'armée ou la police, mais certains sont revenus vivre en ville. Je connais très bien le meurtrier de mes amis. Il vit de l'autre coté de la ville, et tient une petite échope de vêtements. Il s'est rasé la barbe depuis longtemps. Je n'ai jamais rien dit à ma famille, mais je sais très bien que c'est moi qu'il devait abattre, ce jour-là.

Farangtom

Tirer la langue

lundi 1 août 2011

Féodalité

J'étais donc devenu le fléau
De notre système féodal
N'étant que piêtre vestale
T'offrant dorures et calicots
Pour un oui ou pour un non
Je cherchais notre soif idéale
Tremblante comme un vassal
A devenir ta chair à canons

J'étais donc devenu le fléau
De notre système féodal
Tout comme une martingale
Croupissant dans tes tripots
Pour un oui ou pour un non
Je cherchais ta vigueur vénale
Fiévreuse de pensées illégales
Surmontant quelques démons

Alors j'ai repris le flambeau
De mon amour faisant escale
Au gré de tes lueurs vagales
Plantant mon solide drapeau
Pour un oui j'ai pu dire non
Quand un jour sonna le signal
Je te vis à genoux, Ô triste bal
Pour le dernier son de clairon

Alors j'ai repris le flambeau
Car cette quête te fut létale
Tu glissais d'amont en aval
Et si je fleuris ton tombeau
Pour un oui j'ai su dire non
De notre passion peu banale
Que les fourmis se régalent
Je n'oublierai jamais ton nom

Farangtom