mardi 11 octobre 2011

Panida, Fleur d'Issan

Elle s'appelait Panida, elle venait de l'issan, elle devait avoir 30 ans.

Notre séminaire international, que ma direction avait organisé à Patong Phuket s'annonçait sympathique. Le premier soir avant le début du séminaire, soirée au bord de la mer, restaurant superbe, et la fameuse gastronomie Thaï. Un vrai régal. Mais à regarder de plus près mes collaborateurs responsables de l'Asie, c'est la suite qui semblait les motiver. Ils me disaient que je ne serai pas déçu, que les nuits sont très animées dans le quartier voisin. Je ne connaissais rien de ce monde là, mais la fameuse rue de patong, avec les gogos bars en enfilade, s'ouvrit soudainement à moi. N'étant pas amateur de ce genre d'ambiance, mon malaise était visible.... Je n'ai pas refusé, pas très motivé, pas trop le choix non plus, vu ma situation dans mon groupe. Curieux d'en savoir plus, pourtant, puisque j'y étais. A peine rentré dans le bar que manifestement, l'un de mes collaborateurs semblait bien connaitre, je me suis donc retrouvé comme tous ces occidentaux phéromonés, avec une fille sur les genoux, qui immédiatement me remplissait un verre.

Elle s'appelait Panida, elle venait de l'issan, elle devait avoir 30 ans. Elle ne parlait pas trois mots d'anglais, ou presque. Il était évident que ce n'était pas son métier. Puisque la soirée devait se passer comme ça, je posais pleins de questions, sur le choix de devenir prostituée (pas de réponse), sur le tarif, sur leur rémunération. J'appris qu'elles avaient un petit pourcentage sur les consommations et que si un client l'emmenait, elle en tirait le bénéfice intégral. Il n'y avait pas de proxénète. Chaque groupe d'une dizaine de jeunes filles étaient encadrées par une autre femme, plus expérimentée, poussant à la consommation. Je l'appellerai "la coach". Une nuit avec une de ces filles reviendrait à 40 €. Je mesurais ainsi la différence avec l'occident. Quelle tristesse. Panida buvait beaucoup, elle était surement saoûle car elle riait beaucoup. J'avais mal au ventre pour cette pauvre fille, si jolie.

Sa coach m'engageait à aller plus loin. Je l'ai alors appelé et lui ait proposé un marché. Je payerais 40 €, mais elle devait nous trouver une bouteille de whisky avec des glaçons, à mes frais, et on irait sur la plage. Elle rigola en me traitant de fou, mais elle revint peu de temps après avec une bouteille et un sac contenant des verres en plastique et des glaçons. Sur la plage à peine située au bout de cette rue infernale, on a ri, on a parlé de la vie, on s'est baigné. La coach m'a demandé pourquoi je ne consommais pas l'une d'elle. Elle parlait un peu mieux anglais car elle avait déjà vécu en Europe. J'ai dit que j'étais bien, sur la plage, pour 40 €, à regarder les étoiles avec elles. La coach était très protectrice envers Panida, comme avec les autres filles. Il y avait une vraie solidarité entre elles. Panida était crevée, elle me montrait des photos de son enfant sur son téléphone. Il vivait en Issan chez sa soeur, car elle n'avait pas les moyens de l'avoir avec elle. Quand elle gagnait quelque argent, elle lui envoyait. J'ai payé le 2e soir pour que Panida ne se fasse pas sauter par un allemand ou un australien. Il suffit de voir les touristes et les gros porcs dans ce genre de bars. Certains m'auraient fait vomir. Ce soir là, j'ai vidé mes poches, mais je n'avais même pas assez. Elle s'en foutait. Je n'étais pas un client, j'étais un fou, donc un ami. 

Le 3e jour, mon séminaire fini, je devais partir, et je pleurais, car je ne savais pas comment l'aider. Alors les filles m'ont fait un cadeau. Elles m'ont invité chez elle, là ou aucun client ne va. C'est purement interdit. Il a fallu d'ailleurs beaucoup de discussions avec les autres filles, mais je suis quand même rentré prendre une douche et boire un thé. J'ai vu un immeuble triste ou vivait au moins une vingtaine de filles, dans un luxe plus que rudimentaire. Mais toujours des sourires. Dans la chambre de Panida, un lit, une vieille armoire, une barre avec quelques tenues suspendues, une douche sans eau chaude. Un réchaud posé à même le sol et une casserole. J'étais triste de voir cela. Elle semblait si gentille. Je lui ai fait promettre de rentrer en Issan, de revoir son fils. Avant de partir, nous sommes descendus au marché. Pour quelques euros, je lui ai offert deux tenues toutes simples, pour qu'elle n'oublie pas le fou français. Pendant 2 mois, j'ai envoyé un virement.

La seule satisfaction, c'est que j'ai su un jour qu'elle était retournée en Issan, et qu'elle avait arrêté. Puis j'ai perdu sa trace. Pourvu qu'elle soit heureuse. Je n'oublierai jamais ce que j'ai vu, ni la gentillesse de ces filles.

Je ne retournerais jamais à Patong.

Farangtom

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire