Mon amour. Tu ne peux pas savoir à quel point je t'aimais. On s'est perdus, on s'est cherchés, tout au long de notre vie. S'est-on trouvés au moins une fois sur le même chemin ? Je ne sais pas. On s'est peut-être croisés, effleurés, au détour d'un regard, d‘un baiser. Aujourd'hui mes poumons brûlent de ne pouvoir te dire à quel point je te voulais. Je voulais te soulever de terre, t’élever au dessus des nuages. Ne plus pouvoir vibrer en toi m'est insupportable. Aujourd’hui j'avance tel un aveugle, et ma canne ne frappe que des lampadaires. Elle sent l’urine que les chiens laissent sur leur passage, quand ils me précèdent. Pas facile de te trouver, dans cette obscurité. Aide-moi, reprends ma main, s'il te plait. Montre-moi encore le chemin, mes yeux ne voient plus rien. Enfant, je voulais sauver l'humanité toute entière. J'ai déjà du mal à sauver mon âme, à présent. Serre-moi dans tes bras, je t'en prie, juste une fois. Tu sais l'autre soir, au bord de la rivière, je ne savais plus où j’allais. Personne n’était là pour me guider. Je me suis égaré. En retrouvant le chemin, je me suis assis à l’endroit que tu connais, pour regarder les étoiles. Je ne les voyais plus, puisque depuis ton départ, j’ai perdu la vue. J'ai rêvé, il ne reste plus que les rêves pour éclairer cet endroit. Tu m’embrassais. Comme avant. J'ouvrais à nouveau les yeux. Comme avant.
J'ai peur du soleil, maintenant. Si mes yeux sont fermés à jamais, au moins qu‘ils puissent te voir une dernière fois, dans cette longue nuit que j’ai fait mienne. Pour que les portes qui se ferment, en emportant nos étoiles, couchent sur mes yeux, déjà clos, le dernier voile.
Farangtom

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