vendredi 24 juin 2011

Les lampions rouges

Jean est originaire de Namur. Il fait fortune en Indochine. Le commerce du bois et du latex. C'est un homme d'affaire très respectable, qui fait vivre des centaines de personnes en Asie, dans des régions souvent bien pauvres. Il arrive dans la force de l'âge, mais ne s'est jamais marié en Belgique. Au grand désespoir de sa famille, et surtout de sa mère, une vieille dame bourgeoise animant la vie sociale de tous les notables de la région. Nous sommes dans les années 50. Mais Jean est tellement pris par ses affaires, en Asie. Et puis, il l'aime cette Asie. Il s'y sent bien. Les maisons aux lampions rouges suffisent à combler le vide que peut parfois ressentir un riche commerçant, voyageant constamment. Il est l'homme de toutes les attentions dans la maison de Pham Vang, à Saigon. Ses dames se dévouent pour Monsieur Jean, et il y trouve des jeunes femmes souriantes, enjouées, avec lesquelles il peut dérouler toute sa courtoisie, sa culture, et apaiser ses désirs masculins en toute quiétude. Il est d'ailleurs très généreux envers ces dames et Pham Vang, contribuant largement à entretenir financièrement sa maison close. Jean a de l'affection pour toutes ces jeunes et jolies asiatiques, si finement ciselées, avenantes, si délurées, aussi. Parmi elles, l'une retient particulièrement son attention. Li Yu est une jeune chinoise, arrivée récemment dans la maison de Pham. Elle est la maman d'une petite fille, Jade, qui vit et gambade joyeusement dans les nombreux salons de la "maison de Jade", comme l'appelle Monsieur Jean. La petite à 5 ans. Jean est subjugué par sa beauté. Ma fleur d'Asie, comme il se prend à l'appeler. Il demande alors à Pham Vang que sa maman devienne sa maîtresse régulière. Il sera généreux financièrement, encore plus qu'avant. Pham accepte et Jean est heureux. Il peut voir la petite grandir et évoluer en sa présence, lors de ses nombreuses étapes à Saigon. Il vient d'ailleurs de plus en plus souvent.

Jean apprend alors que sa mère vient de décéder, à Namur. Il doit rentrer de toute urgence, par le premier bateau, pour gérer le patrimoine familial, qui est colossal. Il doit quitter Jade et sa maman. Cette nouvelle lui brise le coeur. Quand le bateau appareille Jade pleure sur le quai. Depuis le pont, Jean observe sa petite fleur à l'aide de ses jumelles et la voit essuyer ses larmes en regardant le bateau s'éloigner. Pourquoi ne les ai-je pas emmené avec moi, se dit-il. Il fond en sanglots.

(à suivre)

Farangtom

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