Srebrenica. 1995. Nous venions d'une pauvre banlieue de Liverpool. John avait dû annuler son mariage pour cette mission. Il était devenu le Lieutenant Fowley. C'était mon meilleur ami. J'avais pris la tête de cette Division, chargée d'assurer la sécurité des civils dans une petite zone, en secteur bosniaque. Autour de Srebrenica. Vous connaissez ? Moi, je ne connaissais pas du tout. J'avais 24 ans, quand l'ONU me confia cette mission. Mes soldats et compatriotes avaient tous mon âge, ou presque. Ce que nous avons vu, à 2 000 km de Londres, nous aura marqué, à jamais.Notre mission n'était que pacifique. Nous avions reçu l'ordre de ne jamais tirer sur les forces militaires serbes, sauf si cette force menaçait nos propres vies. Les serbes le savaient et ils se gardaient bien de nous menacer. D'ailleurs, ils étaient bien plus occupés à massacrer les bosniaques, sous nos yeux. Impuissants. Nous disposions de trois chars, et nous étions une vingtaine, pour couvrir ce grand territoire qui s'étend bien au delà de la ville de Srebrenica.
Tout n'était que ruines, désordre, pillages et massacres. Mes hommes étaient à bout. Ne rien pouvoir faire nous détruisait. C'est à ce moment que j'ai rencontré Alec. Elle fuyait avec des dizaines de personnes sous la pression des hommes de Mladic, le tortionnaire, comme on l'appelait. Je suis tombé fou amoureux d'elle, au premier regard. Je la fis monter sur le rebord du char, avec quelques autres personnes, et la fit s'asseoir sur la gauche. Elle me regardait donner des ordres et protéger la file de gens qui marchait le long de la route. Dérisoires chars d'assaut, s'il n'y a aucun assaut à donner. Sauf à se faire tirer comme des lapins. A chaque instant, un sniper pouvait atteindre l'un deux. Certains tombaient d'ailleurs, sous des tirs précis. Nous ne pouvions distinguer l'endroit où se trouvait les snipers. Ils visaient bien, les salauds. Avec Alec, nous n'échangions que des regards, mais qui en disaient beaucoup sur ce que pourrait être l'amour, quand tout ceci finira. Je lui souriais, pour la rassurer.
La balle du sniper lui fit exploser la tête, sous mes yeux. J'ai hurlé devant mes hommes, mais je n'ai rien pu faire. Je devais protéger la file qui fuyait l'ennemi. Je la regardais s'éloigner, gisante par terre dans une mare de sang, tandis que mon char avançait. Deux hommes ramassaient son corps pour le déposer dans le fossé, avant de reprendre leur marche. Je crois que je suis mort une fois, ce jour-là.
A 24 ans. Il m'aura fallu dix ans pour aimer à nouveau quelqu'un, sans que le visage d'Alec ne hante mes nuits. Aujourd'hui, je suis papa d'une petite fille, à Liverpool. Elle s'appelle Alec.
Farangtom



... 26 Mai : justice sera rendue pour Alec et ses compatriotes.
RépondreSupprimerBillet prémonitoire en effet.
Bonne fin de soirée.
Merci. Oui, j'aimerais écrire plus souvent, parfois.....
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